LES ÉTAPES DE LA CRÉATION
1. Voici la première photo de "Siste, tempus !" Nous voyons le début d'un objet en or. Bien évidemment un sablier mais qui aurait la même fonction que l'Arche d'Alliance, gardienne de la loi divine. Il sera donc le gardien du temps universel, sacré et souverain. Et comme toute chose sacrée, l'homme veut la profaner à son profit... Maitriser le temps serait un pouvoir immense.
2-3. Petite progression avec ajout du fond noir qui met un peu plus en relief le sablier. L'inscription qui se dévoile peu à peu est une réponse au titre de l'œuvre.
Voici le socle du haut terminé avec l'inscription latine "TEMPUS REGIT" : le temps domine, (régit, commande). C'est la réponse muette, implacable et éternelle (gravée dans l'or) au titre de l'œuvre (qui traduit l'injonction de l'Homme) : Siste, Tempus ! Mais ce n'est qu'une partie de la réponse. La seconde sera sur le socle du bas. Encore un peu de patience. Au milieu, il se passera quelque chose...
8. Progression vers la deuxième partie du sablier. On découvre que les piliers sont sectionnés net, projetés vers l'extérieur et laissant apparaitre la profanation du gardien du temps. La cause étant, bien entendu, située au centre que je contourne pour laisser un peu de suspens...
14. Le dernier pilier est achevé, je finalise le socle du bas avec les inscriptions latines qui font suite à celles du haut.
15. L'inscription du bas est terminée. La réponse du sablier au titre de l'œuvre "Siste, tempus !", injonction émanent de l'Homme (Arrête-toi, temps !) est donc : "Tempus regit , non regitur" qu'on peut traduire par : Le temps règne, il n'est pas soumis aux lois. Cette réponse scindée en deux, en se faisant face, symbolise le cycle sans fin du retournement du sablier permettant au sable de s'écouler de façon éternelle.
16. Nous voilà au cœur du sujet. L’objet sacré — le sablier gardien du temps — est profané par une main humaine cherchant à forcer le destin. Elle serre, écrase, mais ne peut ni arrêter ni posséder. Elle réussit à détruire le cadre (piliers = structures, règles, apparences) pour tenter de saisir l'essence (verre qui protège le sable : le temps), mais échec total. La main "gagne" l'accès mais l'essentiel reste impénétrable. C’est une rébellion blasphématoire contre le divin/inaltérable, qui finit en échec absolu. On a l'impression que la main écrase le verre mais le verre est déjà formé ainsi, elle ne peut qu'épouser les formes déjà prédéfinies. L'étranglement (le col du sablier) est si étroit que la main ne peut exercer aucune force destructrice sur lui. Ce n'est qu'une illusion d'écrasement, le sablier se joue donc de la main.
Sur un fond noir d'une profondeur absolue, une lutte désespérée prend corps. L’œuvre capture l'instant précis d’une impulsion violente : un bras puissant jaillit de l'ombre, propulsé avec la dynamique et la trajectoire rectiligne d'un coup de poing. Au bout de ce membre tendu, la main se referme dans une poigne féroce sur l'étranglement d'un sablier monumental en or pur. C'est ce choc frontal, ce transfert d'énergie brute, qui provoque l'éclatement instantané des trois piliers extérieurs, brisés net sous l'impact de la révolte humaine.
Par sa nature et ses matériaux, ce sablier n'est pas un simple instrument de mesure. Façonné dans un or étincelant aux reflets chauds, il évoque immédiatement la majesté et le caractère sacré de l'Arche d'Alliance, jadis gardienne des lois divines immuables.
En portant la main sur cet objet de culte universel pour tenter d'en altérer la fonction, l'homme se rend coupable d'une véritable profanation. C'est un acte de démesure (hubris), une tentative sacrilège de soumettre l'éternité à la volonté mortelle.
L'œuvre joue magistralement sur une illusion d'optique : la force de la poigne est telle qu'elle donne le sentiment visuel de déformer le verre, comme si la chair pouvait plier le cristal. Pourtant, il n'en est rien. L'étranglement possède déjà cette forme
cintrée et concave par nature, une géométrie qui, structurellement, offre la plus grande des résistances. Le verre ne cède pas, il ne plie pas. Cette vaine tentative d'étouffer le goulot pour bloquer le passage du temps souligne l'impuissance absolue de l'agresseur.
Malgré la violence du geste, malgré la destruction des colonnes de soutien, le flot de poussière d'or continue de couler inexorablement, grain après grain, fluide et indifférent.
Le titre de l'œuvre, "Siste, Tempus !" (Arrête-toi, temps !), agit comme une injonction tragique lancée à l'univers. À ce cri humain et à l'agressivité de son acte, les inscriptions gravées en lettres romaines sur le pourtour des socles opposent une réponse
silencieuse et implacable :
« Tempus regit, non regitur » qu’on peut traduire par : le temps règne, il n’est pas soumis aux lois (humaines).
Subtilité conceptuelle majeure : les deux formules se font face en miroir. L'une apparait à l'endroit en haut tandis que l'autre est inversée en bas. Parce que le destin de ce sablier est d'être retourné indéfiniment dans un cycle perpétuel, ce choix typographique
garantit que la sentence reste immuable et lisible à chaque basculement. L’œuvre devient ainsi le théâtre d’une utopie universelle : l'homme peut briser les structures qui mesurent le temps, mais il reste éternellement soumis à sa souveraineté.
2026 est l'année de mes 40 ans de travail au crayon de couleur. Il fallait bien faire une œuvre sur le temps qui passe... Elle symbolise donc ces 40 années.